« Klout François et Mike Branding »

[blackbirdpie id= »105638471594541057″]

Quoi de mieux qu’une excellente #Roucasserie de mon pote @Nzidane pour donner le ton de ce billet ?

Klout François électrise le web !

A moins d’être Jacques Chirac, tu as probablement dû entendre parler de Klout ? Pour faire court, c’est un service (plutôt bien fait) qui te permet de mesurer ton « influence » et ta « présence » sur différents réseaux sociaux à l’aide d’un score (allant de 0 à 100). Zéro, t’es une quiche, et cent, Walker Texas Ranger. Bref, un outil efficace comme tant d’autres qui donne davantage une indication d’activité que d’influence réelle. Bref, je ne suis pas spécialiste, j’ai calculé mon score Klout comme tout le monde mais c’est le détournement de cet outil qui me dérange …

J’ai donc envie de traverser en dehors des « Klout ». Je n’ai pas la prétention de faire une analyse profonde, des mecs le font très bien ici et . Je vais plutôt faire appel à une théorie qui m’a beaucoup marqué à la fac (faut bien qu’un jour je justifie mon bac+5 ), cette théorie c’est celle des champs de Pierre Bourdieu.

 » Hey Jamy, comment t’expliques la théorie des champs de Bourdieu ? « 

Pour faire court (en même temps je suis incapable de faire beaucoup plus long), Pierre Bourdieu est un sociologue qui doit avoir un score Klout proche de 100 dans le classement « TOP 100 sociologues français ». Malheureusement, il n’est plus de ce monde (disparu en 2002) mais son œuvre est toujours très présente dans le domaine des sciences sociales. Si tu veux en savoir plus, tu fais comme tout le monde, t’as Wikipédia et Amazon.

Pierre Bourdieu était un visionnaire, un soir devant « L’amour est dans le pré » il imagina une théorie simple et transposable à toutes les situations qui génèrent des interactions sociales (dans une entreprise, en politique, au sein d’une institution etc). Il se dit « je vais pas me faire chier, ce sera la théorie des champs ! ». (…moment de doute … puis « LoL » ou « Mdr »)

Wikipédia et  les no-life qui mettent à jour la page la résument ainsi :

Pierre Bourdieu définit la société  » comme une imbrication de champs, de champs économique, culturel, artistique, sportif, religieux, etc. Chaque champ est organisé selon une logique propre déterminée par la spécificité des enjeux et des atouts que l’on peut y faire valoir. Les interactions se structurent donc en fonction des atouts et des ressources que chacun des agents mobilise, c’est-à-dire, pour reprendre les catégories construites par Bourdieu, de son capital, qu’il soit économique, culturel, social ou symbolique ».

En transposant cette théorie à l’échelle du réseau social qui nous intéresse, ici Twitter, on peut tenter d’interpréter l’engouement autour de ce classement « Top 100 France« .

Twitter est donc une « micro société » composée d’une imbrication de champs : « blogosphére », geeks, journalistes, marketeux, engagés, adolescents à franges, sportifs, « loleurs », musiciens, trolls, chômeurs, etc. Chacun de ces champs est organisé selon une logique déterminée par la spécificité des thèmes et discussions abordés par ses membres. Ces champs ne sont pas imperméables même si le geek ne va pas forcément s’intéresser au livetweet d’un meeting de Cécile Duflot mais préférera plutôt parler du dernier SSD de chez Corsair ou buter des zombies depuis son canapé. Un chômeur ne va pas s’intéresser à la dernière levée de fonds de Groupon alors qu’il n’arrive pas à lever ses propres fonds. Je caricature volontairement, tu vas voir où c’est que je veux en venir.

Ces champs s’organisent de manière autonome sur Twitter, au fil des découvertes, des retweets et des discussions. On identifie dans un premier temps les comptes pouvant nous intéresser pour ensuite les recommander de manière directe (par le biais des #FF) et indirecte (via nos RT). Les interactions entre les membres (twittos) d’un même champ vont donc se structurer en fonction de trois choses : centres d’intérêts, usages (veille, réseautage, déconne, etc. ) et attentes (infos, avis pertinents, déconne). Il y a donc autant d’usages de Twitter que de champs. Donc, imposer un « influent » hors de son champ est une imposture. Pourquoi imposer une « aristocratie » avec un classement ? Pourquoi une hiérarchisation biaisée comme mètre-étalon de l’influence ? Tu me diras que l’outil Klout établi un classement par thématiques, mais depuis qu’il m’a identifié comme influent sur les voitures je doute un peu de sa pertinence. L’algorithme n’est pas encore tout à fait au point, on se retrouve avec des résultats proches de la voyance par téléphone.

La véritable influence sur Twitter émane de cette liberté de réflexion et stimulation qui y règnent. Le « patronyme » n’est plus une caution, la pertinence se cache très souvent derrière le pseudonymat.  J’admire davantage le mec qui reste « lui même » face à ses 500 abonnés que celui qui triche face à ses 5000 abonnés et bots …

Je préfère un peu de caractère dans un tweet que 140 chiants à en t’ouvrir les veines avec une cuillère à café …

 » Le champ est un espace social de position où tous les participants ont à peu près tous les mêmes intérêts mais où chacun a en plus des intérêts propres à sa position occupée dans le champ. Chaque champ a ses règles spécifiques mais on peut retrouver des règles générales : lutte entre les anciens et les nouveaux, tous acceptent les enjeux du champ et tous souhaitent sa survie ».

 Il est évident que les différents champs « twitteriens » (social media, marketing, politique, journalisme, LoL etc.) s’imbriquent pour composer notre timeline. La qualité des publications et le nombre de followers vont participer à la construction de la hiérarchisation à l’intérieur d’un champ. Jusque là, c’est logique. Une certaine « légitimité naturelle » va se dégager à l’intérieur de celui-ci. Légitimité remise en cause par les nouveaux arrivants au sein du champ, qui, même s’ils acceptent les règles du jeu constituent une « menace » pour les « anciens ». Or, la force de Twitter réside aussi dans la possibilité offerte à tous de produire de l’information, du contenu et des avis plus ou moins pertinents. Auparavant, tu n’étais qu’un « agent » face aux flux d’informations provenant de la blogosphère. Aujourd’hui tu es acteur, car capable de participer à ce flux et donner ton avis instantanément. C’est cette spontanéité qui constitue une menace pour les « influents ». Ces derniers ne composent plus l’unique source d’information.

Ces tensions entre « nouveaux » et « anciens influents » se sont cristallisées ces dernières semaines autour de ce classement Minutebuzz. Les « anciens » y voient une manière de justifier et de renforcer leur position « dominante »  là où les « nouveaux » dénoncent un classement qui n’a de vocation que de caresser le personal branding dans le sens du poil.

Si Standard & Poor’s tombe sur nos  » Thought leader  » (scores Klout supérieurs à 72) il y a de fortes chances qu’on perde notre Triple A dans la semaine …

Faut relativiser la portée et la pertinence de l’outil. L’imposer comme graduation de cette pseudo-influence c’est imposer des « leaders » hors de leur champs. Dans « réseau social » y a la dimension « social » qui ne peut pas échapper au jugement humain en se cachant derrière un outil comme Klout.

 Conclusion :

Klout François a électrisé le web cet été comme un sèche-cheveux dans une baignoire pleine. Ce classement dédié aux plus « gros Klout » fait encore beaucoup parler (la preuve, tu lis ce billet) car on commence tous à comprendre que le compteur de followers n’est plus un indicateur « fiable » et absolu (avec le « mass following », l’utilisation de logiciels dédiés, etc.) et qu’il faut trouver un autre indicateur. Et Klout tombe à un moment propice (il existe depuis quelques mois déjà) où les « twittos » éprouvent ce besoin humain de se comparer, quitte à se comparer avec des personnes qui ne sont pas comparables. On confond peut-être « audience » et « influence » ?

Et comme dit Klout François :

Si j’avais un marteau, je cognerais le jour, je cognerais la nuit, pour planter des Klout

 » Laisse moi t’aimer » un tube de Mike Branding

Tous les « twittos » naissent libres et égaux en followers, mais c’est après que ça se complique. Chacun doit se débrouiller pour se faire remarquer et se faire aimer …

Un classement est pertinent que si tu y figures ?

Mais qui est ce « Mike Branding » ?

Mike Branding, c’est le mec qui encence Klout à longueur de journée car il figure dans le Top100 France. Celui qui, parce qu’il a un blog depuis l’époque du Minitel s’autoproclame « gourou des média-sociaux », celui qui n’est pertinent que lorsqu’il ferme sa gueule face à ses 35 000 abonnements et ses 45 000 abonnés. Ce même gourou, qui te donne les « bonnes pratiques à adopter sur les réseaux sociaux » et qui t’envoies un DM automatique transpirant la sincérité, qui ne sait même pas quand il s’abonne et se désabonne des comptes. Celui qui invente un concept à la con sous prétexte qu’il « intellectualise » les relations sociales sur Twitter juste pour se faire mousser et faire parler de lui. Celui qui ne te répond pas car tu n’es pas « CEO », « President » ou « Directeur » dans ta bio. Celui qui ne communique que dans un sens, « lis ce que j’écris, retweet et ferme ta gueule ». Celui qui te RT par DM (si si ça existe ) pour ne pas se faire mal voir par ses followers qui sont potentiellement ses futurs employeurs. Celui qui ne fait jamais de blagues foireuses sur Twitter sous prétexte qu’il est plus raffiné que toi. Celui qui pète plus haut que son Klout …

À quoi ça sert de venir sur un réseau social pour t’entendre parler ? Reste chez toi, va dans ta salle de bain, regarde ton miroir et lis tes tweets à haute voix. T’auras l’air con une deuxième fois ! Tu me diras, il faut de tout pour faire une timeline. Mais faire l’apologie de Twitter à longueur de journée alors que tu n’as aucunes interactions avec tes abonnés c’est comme vendre des voitures sans avoir le permis.

Il y a autant d’usages que d’utilisateurs sur Twitter, tu t’en sers comme tu veux. En ce qui me concerne c’est pour râler ! Tu le sais maintenant, je n’aime pas les tricheurs dans la vie réelle (là où il faut faire la vaisselle) et encore moins sur Twitter (mais si, tu sais,là où t’oublies que t’as la vaisselle à faire).

Bref, j’arrête de m’énerver. Je vais plutôt aller m’isoler sur Google Plus tiens, j’ai besoin de me retrouver seul avec ma mauvaise foi. Je me casse, je vais encercler de pauvres innocents.

Adieu …

Précision 1 : Aucun twitto n’a été blessé durant l’écriture de ce billet.

Précision 2 : Toute ressemblance avec des personnages ou des situations réelles est purement fortuite.


Va voir ce mec, il est très bon :

  • Anonyme

    Voila ce que c’est que de vouloir planter des klout sans sacoir tenir le marteau, on se tape sur le pouce, et on s’enerve contre les gentils influents :p
    Bon, ceci dit, ça fait du bien de lire un truc qui soit en dehors des passages kloutés que nos chers blogueurs francophones suivent gentiment.
    Ces derniers temps, le blouson Klouté ( le bon vieux perfecto avec Klout dans le dos) revient à la mode, c’est un peu nul, mais tout le monde en veut.
    Je préfère rester moi même, Klout que Klout !

    • Karim

      Haha 😉 (je lis ton commentaire dans ma tête avec l’accent marseillais )

  • Malisz

    drôle, vrai et bien écrit. Du grand art 🙂

    • Karim

      C’était le but. Merci

  • Tikky

    Bel article et bien écrit

    • Karim

      Merci !